D O C U M E N T A I R E

L’aménagement du territoire un impératif de survie


Jean Came Poulard

Jean Came Poulard, Membre Fondateur de KOK (Korektè Òtograf Kreyòl) Visitez le site: http://kok.logipam.org/

Partie I [Sauver nos plaines exterminées par le béton]

Le long d’une route menant à une ville de province, au milieu de nulle part, pas une maison à l’horizon ni une station de service, votre voiture tombe en panne et en quelques secondes vous êtes entourés d’une foule de curieux vous offrant leur aide et leur bonne volonté pour trouver une solution à votre problème. Vous vous demandez toujours où se trouve la maison de ces gens ! D’où diable la providence les a mis sur votre route. C’est comme ça partout dans le pays, les gens habitent partout et nulle part.

La répartition de l’habitat en Haïti est un problème crucial qui menace à moyen terme l’existence et la viabilité du territoire. Tout gouvernement voulant lancer le pays dans l’ère de la modernité doit impérativement adresser et solutionner ce problème.

La notion de village en Haïti est une idée assez floue. Il n’existe par de village réellement délimité avec des aires d’activités solidement planifiées et étudiées comme tel. Il existe 5 grands types d’habitat en Haïti :

1) L’habitat de ville en quartier résidentiel (de plus en plus rare)
2) L’habitat de ville en quartier populeux
3) L’habitat de ville en quartier populaire et bidonville
4) L’habitat de campagne en plaine avec en général des « Lakou » et des habitations
5) L’habitat de campagne en montagne avec Lakou et maison de « Jardin »

Aucun des types d’Habitats précité ne fait l’objet de planification dans le cadre d’un plan national d’aménagement du territoire. Chaque citoyen ou groupe de citoyen reste libre de choisir là ou il veut construire sa maison et il est aussi libre de choisir le type d’habitat à construire. Cet état de fait a des conséquences graves aux répercussions à moyen terme non encore totalement connues. Il faut commencer par planifier la distribution de l’habitat sur le territoire comme première démarche vers un aménagement territorial respectant les règles de l’art et suivant les particularités socioculturelles de notre peuple.

L’urgence de l’heure consiste à sauver les terres cultivables de nos plaines et nos montagnes des constructions sauvages. Il faut penser rapidement à un aménagement territorial de nos campagnes afin de limiter les dégâts. Cette rubrique vise à mettre les décideurs sur la piste d’un certain nombre de solutions.

La nouvelle équipe décisionnaire d’Haïti doit prendre leur responsabilité et accoucher enfin d’un plan d’aménagement du territoire dès la première année de la nouvelle gouvernance. Faillir à cette obligation risque de coûter très cher aux pays et nous allons nous diriger lentement mais sûrement vers une catastrophe majeure dans nos  plaines principales.

L’état des lieux

- Dans nos plaines

La majeure partie du territoire de la République d’Haïti est constituée de chaînes de montagne ou de collines ; le pays ne renferme que quelques plaines côtières.

- Nos plaines les plus importantes sont les suivantes :

√ La plaine du Nord qui s’étend du département du Nord à celui du Nord- Est.

√ La plaine du cul de sac dans le département de l’ouest incluant les communes de Cité Soleil, Tabarre, Croix-des-Bouquets, de Tomazeau, Ganthier jusqu’à la frontière dominicaine et le lac Azuei.

√ La plaine de Léogâne et les plaines de Petit-Goâve (1ère et 2ième plaine)

√ La plaine des Cayes dans le Sud.

On retrouve néanmoins de petites bandes de plaines côtières dans la région d’Aquin, de Jacmel – Marigot – Cayes Jacmel, Archaie, connue pour sa production de banane, et dans le Nord-Ouest plusieurs petites plaines parsèment la région et on les appelle « Far West ».

- Toutes nos plaines principales sont menacées par l’urbanisation sauvage. La situation est d’autant plus criante dans les plaines du Cul-de-Sac, du Nord et de Léogâne. Actuellement, il n’y a aucune zone réservée dans le pays. N’importe qui peut acheter un terrain n’importe où et construire n’importe quel type de maison. C’est ainsi que les familles haïtiennes investissent des sommes considérables dans la construction d’importantes maisons de béton sans aucun plan d’urbanisation mais surtout sur les terres cultivables privant de plus en plus le pays de sa potentialité de production agricole.

- La catastrophe est d’une gravité apocalyptique dans les communes de Tabarre et de Croix-des-Bouquets. La commune de Tabarre a été entièrement pseudo-Urbanisé et l’espace agricole réduit à néant. La superficie cultivable restante dans la commune de Tabarre n’excède pas 20% à en croire les photos satellites de Google Maps.

Source:

- Le quartier de Santo, il y a 25 ans réputé pour ces champs de tomates, de cannes à sucre, de haricot et de maïs, est aujourd’hui un champ de béton comme le montre la photo satellite ci-dessous

la seule espace de culture conséquente qui reste est un champ de Akee (voir cette image) 

- La plaine du cul-de-sac a perdu un peu plus de 40% de sa superficie cultivable (voir cette image)

Alors que faire ? Comment arrêter cette hémorragie ?


Des mesures d’urgence et conservatoire doivent être prise pour sauver ce qui nous reste de plaines et amorcer un début d’urbanisation organisée des régions métropolitaines aux grandes villes. Nous n’avons pas une éternité pour agir, il faut que le nouveau gouvernement arrive à prendre les décisions suivantes :

1) En utilisant Google Maps, répertorier les plaines qui sont détruites par l’urbanisation sauvage. Délimiter du même coup les zones non encore construites de ces plaines, les zones construites et les zones partiellement construites. Il est aussi nécessaire de faire des relevés sur le terrain pour corroborer les images Google (qui ont au moins entre un à deux ans d’ancienneté).

2) A partir de données analysées venant de Google Maps et les confirmations sur le terrain, faire sortir un arrêté présidentiel afin d’interdire de nouvelles constructions dans les zones délimitées comme zone vierge, et de délivrer des autorisations de construction dans les zones « perdues ». Les zones vierges seront déclarées zones agricoles et les activités agricoles devront y être renforcées et encouragées par l’État.

3) Promulguer une loi consacrant de manière définitive les zones urbaines, les zones à vocations industrielles et agricoles.

4) Toute construction n’ayant aucun lien avec l’agriculture ou l’élevage devrait être interdite dans les zones réservées à l’agriculture.

5) Bâtir un plan d’urbanisation pour les zones perdues. Ce plan devrait transformer ces zones en quartiers résidentiels en banlieue. Ces quartiers doivent comporter les éléments suivants :

√ Au moins une école primaire et secondaire

√ Un dispensaire/centre de santé

√ Une place publique

√ Un centre commercial

√ Un marché public

√ Des centres de jeux et de sport

√ Des espaces verts constitués de jardin botanique et de zones semi-boisées.

√ Des rues bien tracées avec trottoir, conduit d’eau potable, égouts et zone de traitement d’eau usée et des déchets solides.

√ D’un système de distribution d’eau courante potable

6) Planifier la création de village regroupé et bien distribué à l’intérieur des zones agricoles dans l’ensemble des plaines du pays. Ces villages auront les caractéristiques suivantes :

√ Au moins une école primaire jusqu’au secondaire dépendamment de la population du village.

√ Un centre de santé.

√ Une place publique centrale incluant un espace vert, un espace sportif avec terrain de football et de basketball.

√ Une bibliothèque et un cyber café publique (le modèle existant des « Club Littéraire et d’Activités Culturelles » [CLAC]) pourrait être répété dans chacun de ces villages.

√ D’un marché public

√ Des rues bien tracées avec égouts, système de gestion des eaux usées et des déchets solides.

√ D’un système de distribution d’eau courante potable.

Quatre des six actions décrites ici ne dépend que d’une volonté politique de changer les choses. Quant aux points 5 et 6 ils requièrent la mise en place d’un plan permettant la réalisation de ces infrastructures dans le cadre d’un partenariat public privé.

Dans la prochaine sortie de cette rubrique je compte traiter de la question de l’habitat des zones montagneuses. Pour l’instant partagez avec moi vos opinions et/ou questions. Du même auteur: "A la recherche de la responsabilité citoyenne"  Découvrez les beaux sites du pays sur cette page : "Haiti en Photo"

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Discussion

Une réflexion sur “L’aménagement du territoire un impératif de survie

  1. Article tres instructif et bien presente.

    Publié par Ztirf Bissereth | décembre 19, 2011, 5:14  

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